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Les Marches, chemin faisant ….

Les traces des imposantes constructions qui marquaient les frontières au Moyen-Age ont, pour beaucoup, disparu. Néanmoins le long des chemins de pèlerinage des bourgs modestes ou des villes plus importantes comportent de prestigieux édifices, des monuments datés ou des traces toponymiques qui rappellent ce passé glorieux ou mouvementé.

L’objet de ce document est de lister pour le pèlerin d’aujourd’hui les éléments des Marches qui subsistent de l’époque médiévale. Il fait suite à la présentation des Marches de Bretagne dans la revue Ar Jakez n° 93 de janvier 2020.

En chiffres, pour nos voies de pèlerinage, c’est :

  • 55km au sud de la Loire, pour les pèlerins de Bretagne occidentale ;
  • 95 km sur la Voie des Capitales en incluant le sud-Loire ;
  • 200km sur la Voie des Plantagenets.
  • Auxquels, on peut ajouter 110km pour le chemin Montois venant de Tours au Mt-St-Michel.

Au Mont Saint Michel, le pèlerin n’est pas seulement dans une abbaye exceptionnelle, il est aussi dans une forteresse médiévale qui a su résister à bien des assauts dont tous ceux de la Guerre de Cent Ans. Au-delà de la première enceinte battue par les eaux au rythme des marées, l’agresseur se heurtait aux hautes murailles de l’abbaye construite au sommet de l’ilot rocheux. Si le premier oratoire a été consacré en 709, la grande église romane que nous parcourons aujourd’hui fut bâtie à partir de l’an mil et consacrée en 1084. Le chevet roman effondré en 1421 fut reconstruit en gothique flamboyant pour donner aujourd’hui le chœur inondé de lumière. L’essentiel des constructions est d’origine médiévale.

Impossible de détailler ici l’histoire, l’architecture et la visite du Mont. Inutile de se perdre en qualificatifs. Une seule chose compte : découvrir et s’imprégner du lieu dans toutes ses dimensions.

Sur le Chemin des Capitales ou le Chemin du Mont,

A Pontorson, si la forteresse et l’Hôtel-Dieu ont disparu, l’église romane a été bâtie aux XIè-XIIè s. par les compagnons du Mt St Michel. Il faut voir les tourelles romanes originales sur la façade, la nef, le portail sud, …

A Antrain, l’église St-André construite aux XIè-XIIè, a conservé nombre d’éléments romans intéressants : portails sur la façade à contreforts et sur le mur sud, absidiole avec cul de four en pierre dans le transept nord, plusieurs chapiteaux ; sur la façade, remarquer les dents de scie sur les voussures du portail ainsi que le tympan en bâtière, rareté dans le département ; la tour carrée du transept, coiffée en carène date de 1675 et rappelle la vocation portuaire de la cité sur le Couesnon au Moyen-âge. Dans les rues, il reste de belles maisons du XVè et XVIè s.

Tremblay : ancienne église priorale du XIè s. ; nef d’origine romane très obscure ; murs archaÏques et base romane des gros piliers.

Romazy : la porte sud et une parte de la nef de l’église St-Pierre et St-Paul datent du XIè s.

Sens-de-Bretagne fut fondé au carrefour de la voie romaine Rennes-Avranches et de la voie ancienne Carhaix-Ernée-Mayenne. Il est attesté en l’an 1092 mais on y a retrouvé des vestiges romains. Il ne reste rien du prieuré et de l’église du XIè s.

Plus au sud, on considère qu’on est sorti de la zone des marches, même si Hédé et son château faisaient partie du système défensif, mais son objet était sans doute davantage destiné au contrôle de l’axe Rennes–St-Malo pour la protection de Rennes, plutôt qu’au renfort des Marches par rapport au Maine et à la Normandie.

Au sud de Nantes

Tous les pèlerins de Bretagne qui ont rejoint Nantes, vont traverser les Marches Bretagne-Poitou de Nantes à Montaigu. Clisson est le site emblématique de défense de la frontière sur cette importante voie de circulation, avec notamment les vestiges de la forteresse et l’église templière.

Sur la Voie des Plantagenets,

Cette Voie des Plantagenets parcours les Marches depuis la baie du Mt-St-Michel jusqu’à Segré en Anjou, soit près de 200km.

Ardevon est l’exemple de prieuré attaché au Mont qui accueillait les pèlerins. Très bel ensemble, récemment restauré, il a retrouvé sa fonction première.

Saint-James : s’appelait St-Jacques-de-Beuvron jusqu’au XIVè s. ; l’église priorale reconstruite au 19è s. conserve quelques vestiges romans ; ce fut un lieu de pèlerinage important à St-Jacques (relique d’un doigt de l’apôtre) ; étape pour les Miquelots, ainsi que pour le Jacquets anglais vers Compostelle ; on peut voir une ancienne haie de terre bordée de fossés, datée du Xè s., probable vestige d’un rempart en terre d’1,5km doublé d’un fossé  ; la foire St-Macé est la seule des 4 grandes foires médiévales qui ait subsisté.

Montjoie-St-Martin : l’église St-Jacques reconstruite au XIXè s. conserve quelques éléments de l’église médiévale.

Montours : sur la voie romaine d’Avranches à Bordeaux ; le château fort de Valaine avait été construit sur une motte féodale ; il ne reste que la chapelle du château reconstruite au XIXè s. qui a conservé en remploi le portail à voussures ; elle est aujourd’hui conscrée à Ste-Anne et St-Michel.

Lécousse : l’un des bourgs à l’origine de l’agglomération médiévale de Fougères ;

Fougères : centre stratégique essentiel du Comté de Rennes ; exemple remarquable de forteresse médiévale en Europe, le château est construit sur un éperon rocheux dans une boucle du Nançon, à proximité de la frontière Bretagne-Normandie-Maine ; les faubourgs historiques de Fougères sont des bourgs créés au Moyen-Age .

Son importance dans le dispositif militaire des Marches lui valut combats et destructions, mais aussi reconstructions et extensions par les propriétaires successifs du XIè au XVè s. Deux hectares, 3 ceintures de remparts, de nombreuses tours carrées et circulaires, des douves, des portes, constituent encore aujourd’hui un ensemble homogène et bien conservé.

Beffroi : la partie basse du Beffroi date du XIVè et le 1er étage du XVè S.

L’Hôtel de ville date du XVè s.

Vieilles maisons de la place du Marchix (XVè) ; autres vieilles maisons (XVIè s.) ;

Eglise St Léonard : de l’époque médiévale, on peut voir deux vitraux provenant de fragments de verrières de l’abbaye bénédictine de St-Denis ; ils présentent deux scènes de la vie de St-Benoît et datent du XIIè s. Ce sont les plus anciens vitraux en Bretagne.

Eglise St Sulpice : fondée au XIè s., reconstruite à partir du XVè s. en gothique flamboyant, la nef date de cette période.

Montautour : le site est très ancien, objet d’un pèlerinage marial connu depuis le XIè s.

Vitré : centre militaire important comme FougèresLe 1er château en pierre, construit sur un promontoire rocheux qui domine la Vilaine, date de la fin du XIè s. Il subsiste de cette période le

porche roman de la chapelle du château, remarquable appareillage de couleurs : grès roux et schiste noir, dans les voussures et le linteau de pierres clavées.

Au XIIIè s. le château est reconstruit puis remanié fortement au XVè s., pour donner sa forme actuelle avec ses tours et remparts. Au XVIè s ., les modifications sont destinées à améliorer le confort des logis.

L’église Notre-Dame, située au sommet de la ville close contre le rempart nord, a été construite en gothique flamboyant au XVè et XVIè s. Elle était l’église paroissiale des riches « marchands d’Outre Mer ». Le chœur datant du XIIè appartenait à l’église des moines du prieuré bénédictin. Il faut noter la présence de vitraux anciens : fragment d’une Annonciation datant de la fin du XVè s. dans la dernière chapelle du bas-côté sud ; Cruxifiction et deux écus dans le tympan de la fenêtre nord du chœur aux moines ; l’Entrée du Christ à Jérusalem dans la 3ème chapelle méridionale datée de 1537.

A noter également : la très rare chaire extérieure de l’église Notre-Dame et le tombeau en enfeu de Pierre Hubert, recteur de La Chapelle-Erbrée, datant de la fin du XVè s. ; maisons de la rue Baudrairie des XVè et XVIè s. ; maisons de la rue d’Embas des XIVè, XVè et XVIè s. ; restes de la porte d’Embas ; nombreuses maisons anciennes plus tardives dans les petites rues de la ville close.

La Guerche-de-Bretagne a pour origine son château, siège d’une importante seigneurie au Moyen-Age ; il subsiste la motte féodale qui devait supporter un donjon en bois. L’ancienne chapelle castrale fut érigée en collégiale en 1206 par Guillaume II. Reconstruite, agrandie, le vaste et élégant édifice d’aujourd’hui conserve des vestiges à la base de l’abside et de la tour sud-est soutenue par d’épais contreforts ; le chœur à pans coupés fut reconstruit au XIIIè ; beaux vitraux du XVè au XVIIè s. . Le château en pierre construit au XVè a disparu. La place centrale est entourée de belles maisons à porche et colombages qui témoignent du riche passé commerçant de la ville. De vastes places autour de la cité permettaient la tenue des foires et du marché hebdomadaire qui a lieu le mardi depuis 1121.

Sylvestre de la Guerche fut évêque de Rennes conjointement à sa charge de seigneur de La Guerche.

La Guerche fut aussi le siège d’une commanderie templière. Sur la route de Cuillé, au lieu-dit Le Temple, subsiste un manoir du XVè ; un blason au-dessus d’une porte d’écurie porte les armoiries du commandeur Guy de Domaigne.

La Guerche est un exemple de seigneurie qui n’a pas su ou pu se maintenir. Après avoir été brillante, à l’époque de Sylvestre qui fut seigneur et évêque de Rennes, de Guillaume 1er qui épousa Emma de Pouancé et réunit deux seigneuries à cheval sur la Bretagne et l’Anjou, de Guillaume II qui fut sénéchal du temple à Jérusalem, on voit la seigneurie décliner à la suite des conflits issus de la double vassalité, des ambitions des voisins, des dons et rentes importants consentis aux religieux, enfin de la succession de Geffroy II sans descendance directe. En 1259, la seigneurie échoit au vicomte de Beaumont-au-Maine, puis à Bertrand Du Guesclin, avant d’être revendue en 1390 par son frère Olivier au duc Jean IV de Bretagne. Elle retrouve alors son rôle dans la défense de la frontière.

Rannée : l’église en partie romane fut reconstruite au XIIè s. suite à un incendie. Appartiennent à l’église primitive : le chœur en hémicycle et son arc de séparation d’avec la nef reposant sur des chapiteaux romans ; la façade ouest, épaulée d’énormes contreforts-étais, et percée d’une porte ornée de billettes ; les bases de la tour au sud-est.

Drouges : la voie romaine d’Angers à Rennes passe à la limite des communes de Drouges et Rannée.

La Roë : sur la variante au départ de La Guerche, l’abbaye de La Roë fut fondée en 1098 par Robert d’Arbrissel, devenu ermite dans la forêt de Craon, puis prédicateur, après avoir été conseillé de l’évêque de Rennes Sylvestre de La Guerche. L’abbaye a eu un rayonnement très important avec ses 60 prieurés en Maine, Anjou et Bretagne. Belle façade romane du XIIè et voute angevine à la croisée du transept. R. d’Arbrissel fonde l’Abbaye de Fontevraud en 1100.

La Rouaudière : en 1135, le pape Innocent II confirme le don du prieuré-cure à l’abbaye de La Roë ; est-ce ce dernier qui aurait été reconstruit au XVè et qui est aujourd’hui le gîte communal qui accueille les pèlerins ?

Senonnes : la construction en schiste ardoisier du château remonte au XVè s.

Pouancé : sur la voie ancienne d’Angers à Carhaix par Chateaubriant ; l’imposant château construit au XIIIè avec ses 6 tours fut une pièce maîtresse du système de défense de la frontière pour l’Anjou et la France au Moyen-Age ; la Porte Angevine ou Tour de l’Horloge, et la Tour Porche, témoignent de l’enceinte fortifiée.

Grugé-L’Hôpital : ruine de l’église St-Jean-L’Hôpital, le nom et les croix de Malte sur les fonts baptismaux rappellent la présence Templière en ces lieux.

Nyoiseau : vestiges de l’ancienne abbaye bénédictine des XIIè-XIIIè s. fondée en 1109 par un disciple de R .d’Arbrissel ;

Segré : le vieux pont sur la Verzée remonte à l’époque médiévale ; le château a disparu, il assurait la défense à la limite de l’Oudon qui marqua la frontière pendant un temps limité.
On peut considérer qu’à Segré, le pèlerin d’aujourd’hui entre ou sort de l’espace constituant la Marche d’Anjou.

 

Sur le chemin montois depuis Tours et Le Mans

Depuis Tours et Le Mans, le Chemin Montois rencontre sur son parcours du Maine puis de la Normandie plusieurs sites médiévaux des Marches, notamment Mayenne et St-Hilaire-du-Harcouët.

Mayenne conserve son château médiéval perché au-dessus de la rivière La Mayenne, une église romane St-Martin du XIIè qui a conservé sa nef et le transept.

Landivy n’est qu’à 2,5km des restes de la fameuse abbaye de Savigny, à la limite de la Mayenne et de la Manche (commune de Savigny-le-Vieux).

St-Hilaire-du-Harcouët a beaucoup souffert de la guerre 39-45, mais il n’avait conservé aucun site médiéval. Située sur la Sélune et l’Airon, au carrefour des régions Bretagne, Normandie, Maine, St-Hilaire était le siège d’une importante foire de la St-Martin. Depuis le XIIIè s. elle durait plusieurs jours et était particulièrement connue pour ses places aux bovins, ovins et chevaux. La foire existe encore mais les animaux d’élevage ont disparu. La commune voisine Les Loges-Marchis porte la trace des Marches dans son nom.

A Pontaubault, village cité au XIè s., le pont avec ses 11 arches de pierre remonterait au XVè mais le toponyme du village indique qu’il existait un pont dès le XIè. Il a été élargi au XIXè et deux arches ont été enterrées.

Avranches, à moins de 10km, fut cité romaine, connut un château avec donjon et une cathédrale à l’époque médiévale. Le site, poste de contrôle et de défense remarquablement positionné sur le couloir de liaison entre Normandie et Bretagne, a subi les assauts répétés des envahisseurs et n’a rien conservé de la période médiévale.

 

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Pour visualiser les places fortes des Marches :

Extrait de : Les Marches de Bretagne au Moyen-Age – René Cintré – Ed. Jean-Marie Pierre

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